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Roshi Taisen Deshimaru

Deshimaru (Yasuo), est né le 24 novembre 1914 dans un petit village du sud du Japon près de la ville de Saga. Il grandit dans un milieu rural du Japon encore traditionnel.
Dès son plus jeune âge, Deshimaru porte en son cœur une contradiction fondamentale qu'incarnent la vie et les aspirations de ses parents : le matérialisme et la foi. Celle-ci le suivra une partie de son parcours spirituel. Ainsi la différence de la plupart des maîtres zen japonais, Taisen Deshimaru a mené une vie séculière tout en suivant l'enseignement de son maître.
Son père était armateur, il présidait des sociétés agricoles et de pêches du village. C'était un homme profondément matérialiste, qui aspirait à la vie bourgeoise et espérait une carrière de prestige pour son unique fils, qu'il devienne un industriel ou un militaire.
Sa mère au contraire était très croyante. L'enfance de Deshimaru baigna ainsi dans une atmosphère religieuse, de dévotion à la secte Shinshu à laquelle elle appartenait. Elle rêvait que Deshimaru devienne moine, la vocation monastique lui paraissant la plus haute réalisation spirituelle de l'homme. Il grandit aussi avec son grand-père qui lui apprend l'art du Yawara (art martial, ancêtre du Judo et du Jiu-Jitsu).
Deshimaru rencontre Kodo Sawaki alors qu'il entre tout juste au lycée. Il a 18 ans et celui qui deviendra plus tard son maître a environ 50 ans. Ils partagent des moments d'échanges simples sans allusion directe au bouddhisme Zen.
Deshimaru continue son parcours d'étude. Il entre à l'université de Tokyo où il étudie les sciences économiques et le bouddhisme théorique pendant environ 3-4 ans. A cette époque il côtoie un cercle bouddhiste de la secte Shinshu qui voue un culte au Bouddha Amitaba.
Son projet est de partir aux États-Unis, c'est la raison pour laquelle il apprend l'anglais et prend son premier emploi dans la biscuiterie « Morinaga », dans l'espoir d'être un jour muté vers son rêve.
C'est à cette période, dans les années 30, qu'il retrouve Kodo Sawaki qui exerce les fonctions de Godo au temple Soji-jo aux environ de Soromi. Ce dernier est l'un des maîtres zen les plus influents du Japon au XXe siècle : il a particulièrement insisté sur l'importance de la pratique de Zazen et a été un de ceux qui ont ouvert cette pratique aux laïcs. Deshimaru devient son disciple et commence à pratiquer Zazen.
Kodo Sawaki lui refuse l’ordination pendant de nombreuses années et lui demande de vivre dans le monde et de pratiquer le Zazen.
Taisen Deshimaru mène donc une vie sociale et familiale, tout en continuant la pratique intense de Zazen avec son maître. Ainsi, peu à peu, il résout la contradiction entre matériel et spirituel qui l'avait tourmentée dans sa jeunesse.
En 1937, Deshimaru se marie avec la fille du général Narishima, mort au front pendant la guerre sino-japonaise.
En 1941, les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon. Commence ici un long périple pour Deshimaru qui est envoyé en 1942 par l'entreprise Mitsubishi en Indonésie, alors que vient de naître son premier enfant. Il y vivra pendant 4 ans dans un contexte difficile d'amorce de décolonisation par le peuple et ses tentatives répétées et parfois sanglantes de sortir de la tutelle japonaise.
Deshimaru rentre au Japon en 1946. La guerre est finie mais le contexte de reconstruction du pays est exclusivement matérialiste, l'obsession des conquêtes économiques prévaut. Il évolue pendant quelques années alternant misère, travail prestigieux (au ministère des affaires étrangère) et petits boulots.
En novembre 1965, Kodo Sawaki tombe très gravement malade. Taisen Deshimaru est immédiatement ordonné moine avec comme mission de transmettre l'enseignement de Bodhidharma. Maître Kodo Sawaki meurt au mois de décembre.
En juillet 1966, Taisen Deshimaru rencontre un groupe macrobiotique européen venu en visite au Japon. C'est à cette occasion qu'il est invité en France.
« La vie est un voyage et c'est seul que je le continuais » écrit-il dans son autobiographie. Il part donc pour la France en juillet 1967 avec la mission d'y enseigner le Zen.
Pendant environ 2 ans, Taisen Deshimaru, entouré de ses premiers disciples (la plupart venant du milieu macrobiotique), « sème les premières graines » du Zen, et développe la pratique un peu partout en France. D'abord de façon informelle au domicile des uns et les autres, et puis par le biais de « Sesshin » (concentration intense) ou retraites Zen.
Très vite, il se met à écrire sur le Zen et transmet ainsi sa compréhension, tout en rendant accessible de nombreux textes de références du bouddhisme, comme l'Hannya Shingyo, sûtrâ essentiel du bouddhisme Zen, et des enseignements fondamentaux tel que le Shobogenzo de maître Dôgen.
A la fin de sa vie il a écrit une trentaine de livres.
C'est dans les années 1970 que sa mission prend toute son ampleur. Il reçoit la transmission officielle du Dharma de Maître Yamada Reirin, supérieur du temple Eiheiji et devient responsable du zen Soto Japonais en Europe (Kaikyosokan).
Il continue à former de nombreux disciples. Et sous son impulsion un grand nombre de lieux de pratique sont créés.
En 1970, Taisen Deshimaru fonde l'Association Zen Internationale (AZI). Il ouvre un dojo à Paris en 1971, il y dirige les premières sessions et commence à ordonner des bodhisattvas et des moines.
Le temple de la Gendronnière est fondé en 1979.
Taisen Deshimaru décède le 30 avril 1982 au Japon après avoir fortement implanté la pratique du zen en Europe mais sans nommer de successeur (il ne décerne aucun « Shiho » : certification).

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